...

...

26 mai 2008

Il était une fois

Dans un pays fort fort lointain, une ville fort fort perdue que ses quelques - chanceux - habitants appelaient Paris. Dans cette ville, un fort petit lycée avec des élèves d'un niveau intellectuel surélevé, et avec une soif d'apprendre incomparable. Une classe de première en particulier atteignait des sommets, mais, soit dit entre nous, ils le devaient uniquement à leurs chers professeurs.

Ils avaient par exemple des cours de maths fort passionnants.
- Quand vous prenez le métro, vous voyez plein de gens sortir leurs portables, faîtes pareil avec vos calculettes !
- Le bac on s'en fout, l'important c'est la prépa.
- Vous voulez SABOTER mon cours, c'est ça !
- Les contrôles je les ai laissés dans une caisse, vous les aurez euh...
- On va au café, mais c'est vous qui paierez l'addition.
- On arrête pas de me voler mes craies ... parasites ...
- On me paye pas assez, n'oublie jamais combien on te paie !
- Les chaises, c'est mes impôts !
- Bon, on met le turbo, vous êtes prêts ?
- Je ne fais pas cours à des ruminants.
- Le vin est tiré, maintenant il faut le boire
- Une seule solution : Raffiner !
- Bof, j'ai la flemme de le faire ...
- C'est du sabotage.
- Tchebychev, qui est ce ?
- On va fusiller quelques sinus
- Pas la peine de me courir après, je cours très vite !
- J'ai retrouvé et reperdu votre copie
- J'en sais rien, je suis pas madame soleil moi !
- C'est dans le développement que se cache le diable
- Vous allez prendre la porte, Mr Stovall
- Le chewing gum, ça décolle le cerveau.
- J'ai volé un devoir dans un lycée voisin ...
- Non mais, vous imaginez si je venais avec une perruque rouge ?

Ou encore des cours d'espagnol qu'ils avaient en horreur.
- Ca valait trois, ça passe à deux.
- Je n'ai plus l'âge de croire au Père Noël.
- Entoure toutes les voyelles de la phrase.
- Fijaos !
- C'était un test, on peut dire qu'il a été réussi dans la mesure où il a bien été raté.
- On va faire l'alphabet.
On se demande pourquoi, tiens.

Une prof principale au bord de la crise de nerf à chaque cours, mais dont les convictions ne s'écroulent jamais !
- J'en ai marre de vous la première S5 !
- Je sens chez toi la malhonnêteté intellectuelle.
- YES I'M A CLOWN !
- Vous êtes en apné cérébrale, je crois.
- Mais vous vous rendez compte que vous êtes en bac blanc !
- Ah, moi j'adore Jacques le Fataliste ! Pas vous ?
- Vous êtes désespérants !
- Ah, ce vers avec le jeune éléphant, j'adore, c'est magnifique ! Vous ne trouvez pas ? Mais vraiment ! Vous avez déjà vu des éléphants courir ? On dirait qu'ils volent !
- Je vous rends les bacs blancs, y'en a qui vont pleurer.

Mais aussi des cours d'anglais ... pas de mot pour décrire une telle ... argh ...
- Dites moi, dites moi, dites moi, dites moi, dites moi ...
- Non, Ali ... remplir une secrétaire ça ne va pas !
- Souvent dans la vie, vous tuez des gens et vous ne le faites même pas exprès
- Je suis d'accord avec moi-même.
- Vous voulez que j'écrive des phrases au tableau ?
- DITES MOI !
- Ca peut paraître inutile ce que l'on fait mais en réalité ...
- Il y'a du gaz hilarant dans cette classe
- Par exemple dans la vie courante, vous dites, tiens je vais t'apprendre à faire des noeuds marins !
- Et là vous voyez, les canelloni ils sont dans l'irréel.
- Je vous distribue les contrôles de vocabulaire, s'il vous manque des mots demandez moi !
- Comment direz vous Ali, par exemple, oh quel dommage que je ne sois pas une fille ?
- Dites moi dites moi dites moi !

Sans oublier les cours d'histoire soporifiques dont personne ne sortit indemne psychologiquement.
- Je ne suis pas un fervent partisan du cahier à petits carreaux.
- Faites attention à ce que ma première phrase ne soit pas "Prenez une feuille"
- Il y a encore quelques foyers de bavardages ...
- Il y a encore un peu de dispersion au fond.
- Ce n'est pas tout à fait le calme.
- Il y a un emballement de décibels.
- J'espère que votre question a réellement un rapport avec le cours ...
- Attention, je vais m'énerver !
- Je me suis trompé de parallaxe.
- Votre discours cartographique est ambigu.
- La crise de la pomme de terre en Irlande ...
- Ne souffrez pas d'un strabisme divergent.
- J'aimerais que l'accessoire ne prenne pas le pas sur l'essentiel.
- Je me vois dans l'obligation de fermer les fenêtres, si vous m'y obligez, car cela perturbe l'acoustique de la salle.

Un peu de physique au passage avec "professeur Lucatelli" :
- Je vais vous apprendre à gruger au Monoprix
- A la ligne, un tiret, 2 carreaux en retrait
- T'as trop réfléchi et c'est dommage
- J'étais ingénieur au début, mais j'ai préféré faire prof.
- La force gastrique qui s'exerce
- Un calamar ... floup floup
- Arthur, tu vas avoir une méga punition !

Et puis de l'SVT, ils n'étaient pas en S pour rien :
- Le TP n'a même pas été relu ?
- Horreur, qu'avez-vous fait en une heure trente ?
- Et alors là, les feuilles agraphées dans le désordre, c'est la cerise sur le gâteau !
- Dans l'autre classe, la moyenne est de 5 !
- Et non, la blatte n'a pas de cerveau ...

Il était une fois une classe qui voyait doucement la fin de l'année approcher et qui ne pouvait que s'en réjouir ...
(Merci à tous ceux qui ont noté les citations quelque part, c'est-à-dire (id est) Arthur, Zhijian, Mael ...)

Posté par Minske à 18:34 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


06 mai 2008

De Latinum

Parce qu'après le cours d'aujourd'hui il m'est venu à l'esprit que je n'avais jamais écrit quoi que ce soit (mises à part quelques remarques au passage) sur cette chose fort passionnante qu'est le latin. Et pourtant. Il faut déjà savoir que la grande majorité des élèves qui font latin, sinon tous mais on ne sait jamais, ne font pas latin parce que ça les intéresse, c'est évident. Pour certains, c'est à cause de leurs parents, d'autres c'était pour entrer au lycée, d'autres pour avoir des points en plus au bac.

Et qu'aurions nous donc manqué si nous n'avions pas coché la case "Je continue le latin" après chaque année !

Autant l'année dernière, il n'y avait pas vraiment de quoi se plaindre. Trente-cinq en latin, une prof sympathique mais qui nous laissait faire un peu ce qu'on voulait ... Moi je restais sage, dans mon coin, avec des mots croisés ou des sudoku. Suzanne m'aidait à la table juste derrière. Quand on avait du mal on demandait aux autres, bien sûr.
"Hey Alix ! La monnaie du Pérou, en quatre lettres ?"
"QUOIII ? LA MONNAIE DU PEROU ??"
"..."

Autant cette année, ça a commencé très fort.
"Bon, autant vous le dire tout de suite, le latin, ça ne sert à rien."
Tiens, quelle surprise ! Nous qui croyions pourtant ... Quelle désillusion !
"Simplement pour vous, c'est pour avoir une mention au bac, et moi c'est pour gagner ma vie. Et encore ..."

Et puis on a eu droit à quelque chose de totalement inconnu pour nous : des traductions à préparer chez soi. Comment ça ? Traduction ? Préparer ? ... Devoirs de latin ? Sur le moment, on a eu du mal à y croire. On a fini par s'y faire. Par trouver le mode d'emploi.
1. Prendre son texte, souligner les verbes en rouge pour faire genre.
2. Bien regarder le titre, le numéro du livre et du chapitre d'où est tiré le texte.
3. Ouvrir google, taper toutes ces informations.
4. Choisir la meilleure traduction, comparer avec ton texte toujours pour faire genre.
5. Imprimer.
Simple, quand on y pense. Avec l'habitude, c'est presque devenu un réflexe.

Mais on a une meilleure technique, maintenant !
"Alors Julien, t'as vu ta grand mère ce week-end ?"
Une grand mère qui sait faire des traductions de latin, ça aide. Sa grand mère c'est un gaffiot vivant. Quand elle s'ennuie, elle fait de la scansion, c'est pour dire. Toujours est-il qu'on lui doit beaucoup, n'est-ce pas !

Parfois, quand le prof s'ennuie ou a envie d'aller prendre l'air, il nous donne un travail autrement plus compliqué. De la traduction en groupe. C'est un peu le même principe que pour la traduction à faire à la maison, puisque tout le monde a déjà sa traduction imprimée. Il s'agit donc de se réunir en groupes de quatre pour ... euh ... discuter de la traduction ? Pour permettre au prof d'aller se promener, surtout. Il sort, il fait un tour, il revient, il fait le tour de la salle en passant par le fond, et il ressort. Un jour, il est pas revenu.
"Ça fait combien de temps, là ?"
"Vous croyez qu'il est mort ?"
"Oh ouais, ça serait bien !"
"Hé, la vieille qui passe, là, c'est peut-être sa femme."
"Ou sa mère."
"Elle vient pour l'identification du corps !"
"Et elle va vers les toilettes, pour ça ?"
"Ou ptet vers les salles de chimie ..."
"Ils doivent faire l'autopsie là bas. Si ça se trouve c'est un meurtre."

Finalement, une prof de physique est venue nous "surveiller". Pendant dix minutes on a continué à ne rien faire, puis elle a craqué et elle nous a donné un exo de physique. Une histoire à la con de jardinier qui soulève une échelle posée par terre, non mais vraiment ...

Entre les traductions faites en classe où l'on invente la moitié des mots ("Tiens, et si on sous-entendait un verbe en plus, ici ?"), et les cinquante traductions proposées par le prof pour la même phrase ...
"Alors là, on avait traduit par "Les fenêtres en face" mais je trouve pas ça terrible ..."
Silence, nous on s'en fout, c'est lui qui avait traduit. Des blancs comme ça, on en a beaucoup, parfois il s'arrête sans qu'on sache pourquoi.
"Je dirais plutôt : "Les vantaux écartés" "
Trouvez le rapport entre les deux ...

Ce matin, mise à part l'interro qui m'est tombée dessus - interro sur le texte que je devais apprendre pendant le tournoi de Grenoble, inutile de vous dire que je n'ai même pas sorti mon cahier de mon sac ... en fait, je n'ai même pas sorti mon sac de la roulotte, dans laquelle j'ai dû dormir deux heures, bon - donc mise à part cette sympathique interro, on a eu droit à la vérification des devoirs donnés lundi soir ... Qui les avait fait ? Personne, on n'en doute pas une seconde.
"Bon Marcus, à votre tour."
"Euuuh ... alors ..."
"Bon, "illa", c'est quoi ?"
"Je sais pas ... Je connais "ille" mais euh ..."
"Bon, je crois que je vais aller faire un tour."

L'air désespéré. D'accord, il y avait peut-être de quoi (pour les non latinistes, illa c'est juste le féminin de ille ...). Cinq minutes plus tard, il revient, il se plante juste devant l'élève, et après quelques secondes de silence, il sort :
"Vous êtes sûr que vous voulez continuer l'année prochaine ?"

En conclusion : on aime tous le latin, mais on aimerait encore plus si on en faisait pas.

Posté par Minske à 21:22 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1